Courteline, Georges
Le comîTiissaire est bon
enfant
Les pièces à succès. F' 34
Prix NET : 60 centimes.
e Commissaire
est bon Snfant
tiédie de salon en un acte
VEC trkizp: simili-gravures
Par GEORGES COURTELINE
et JULES LÉVY
PARIS - Eniesl FLAMMARIO.\, éditeur. 26, rue Racine
ùème Série.
— PARIS
Digitized by the Internet Archive
in 2010 with funding from
University of Ottawa
http://www.archive.org/details/lecommissaireestOOcour
Le Commissaite
est bon enfant
COMÉDIE EN UN ACTE
Représentée sur la scène du GYMNASE
le 16 Décembre 1899, sous la direction artistique de M. Paul Franrk
puis, pour représentations régulières,
sur celle du THEATRE ANTOINE, le 9 Février i:»:">
OUVRAGES DE GEORGES COURTELINE
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(l.y «n\7o 1 vol.
Les Femmes d'amis (!)• îïu'i/e) —
Le Train de 8 h. 47 (illnslralions en coiileiiis de Guillaume) iôO' mille) —
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Messieurs les Ronds-decuir (10* ?)rtife) ^ —
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L'œuvre, complète. Prix 10 francs.
Le Gendarme est sans pitié.
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Le Droit aux étrennes.
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La lettre charçiee.
L'Exlra-Uicide.
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Un Client sérieux
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Les Gaietés de l'escadron.
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I Panthéon-Gourcelles.
L'Allaire Champignon.
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I Emilienne aux Quat'-z'-arts.
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diuanil lîac
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Tout a la rigolade! (3* mille). 1 vol. Couverture illusti-ée par II. -1'. Dilloii
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rstelle au lansquenet. Comédie en un acte
avec illuslialions île Caran d'Arclic.
Lt Douche. Comi'die en un acte avec illus-
Iralious de M. iNcuiiioiit.
Le Confident. Coun'dic en un acte avec illus-
ti-atiuns do Henri l'ille.
Le Cabaret de la chanson. Opérette on un
acte.
La Façon de penser. Comédie en un acte
,ivoc illustiations de II. -P. Dillon.
I .1 Fortune du pot, comédie en un acte.
! i tu savais, ma chère! —
Ne varietur. Comédie en un acte.
Vive la liberté! lievue en un acte.
Constatation! lievue en trois actes.
Croza la charmeuse. Kantaisie-rcvue en un
acte en vers.
Hâtons-nous d'en rire! Hcvue en deux actes.
Mo'.iére aux enfers! l'.evue en trois actes.
La Parade du jubilé. Fantaisic-pai-ade en un
acie.
Pour la gosse! Comédie en un acte.
Les Affaires étrangères, coiu.'ihe en un
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08505. — Impriimn-ic Lauuhe, rue de Fieurus, 0, Puri^
Georges GOURTELINE et Jules LÉVY
Le Commissaite
est bon enfant
COMÉDIE EN UN ACTE
PARIS
EI\M:ST FLAMMARION, 1-DITEUR
20. nuE ttAciMc, '20
Droits de reproduction, de tr.. "iclion tl de représentation rcscrvôs
pour tous pays, y cotTipris la ^uèd*" el la Norvég.^.
Pu
0 71^77
GYMNASE THEATRE ANTOINE
LE COMMISSAIRE . . . MM. Matrat MM. Janviiîr
FLOCHE Munie Gémier
DRELOC DuBOSC Antoine
UN MONSIEUR Frédal Jarrier
L'AGENT LAGRENAILLE. Boudier Saverne
L'AGENT GARRIGOU. . . Lebégenski Noizeux
M. PUNÈZ MoREAU Verse
M"* FLOCHE M"" Marthe Alex M°" Ellen-Andréb
•s £i::iili-gtavures ont été reproduites d'après les photographies
de MM. Cautin et Berger.
Le Commissaite
est bon enfant
La scène représente le cabinet d'un commissaire de police. A droite,
une fenêtre praticable. A gaucbe, petite porte donnant sur un cabinet noir
ou sont les provisions de combustible pour l'biver. Au fond, une porte à
deux battants. Au fond aussi, mais un peu vers la gauche, une cheminée
avec du feu.
SCENE PREMIÈRE
LE COMMISSAIRE, UN MONSIEUR.
Le Commissaire, assis à son bureau. — N'insistez donc pas, sacre-
bleu ! Je n'ai pas que vous à entendre.
Le Monsieur. — Vouo pouvez bien m'autoriser à porter une
arme sur moi!
Le Commiss.mre. — Non.
Le Monsieur. — Qu'est-ce que ça vous fait?
Le Commissaire. — Ça me fait que je ne le veux pas.
Le Monsieur. — Le quartier n'est pas sûr. Il est infesté de
souteneurs qui bataillent entre eux toute la nuit et attaquent les
passants pour les dévaliser. Or, la profession que j'exerce
m'oblige à rentrer tard chez moi.
Le Commissaire. — Exercez-en une autre.
Le Monsieur. — Je veux bien. Trouvez-m'en une.
Le Commissaire. — Vous voulez rire, j'imagine. Est-ce que vous
vous croyez dans un bureau de placement?
Le Monsieur. — Et si on m'attaque, moi, cette nuit?
Le Commissaire. — Vous viendrez me le dire demain.
Le Monsieur. — 1-^t alors?
Le Commissaire. — Alors, mais seulement alors, je vous aulo-
riserai à sortir avec un revolver sur vous.
Le Monsieur. — En sorte que j'aurai le droit de défendre ma
peau après qu'on me l'aura crevée?
Le Commissaire. — Oui.
Le Monsieur. — Charmant!
Le Commissaire. — En voilà assez. Aux ordres du gouverne-
ment que j'ai l'honneur de servir, je suis ici pour appliquer les
lois et non, comme vous semblez le croire, pour en discuter
la sagesse. Si vous n'êtes pas content de nos institutions, chan-
g^ez-Ies.
« LE COMMISSAIRE EST BON ENFANT
Le MoNsiEun. — Si ça tenait à moi!...
Le CoMMissAiiii'. — Hein? Quoi?... Un mol de plus, je vous fais
''inpoi<>-ner! A-l-on idée d'un oslrogoLli pareil, f[ui vient semer la
perturbation et faire le révolutionnaire jusque dans le commissa-
liat!... Vous avez de la chance que je sois bon enfant. (Le mon-
j^ieur veut parler.) En voilà assez, je vous dis! Fichez-moi le camp,
ft que ça ne traîne pas, ou je vais vous faire voir de quel bois je
ine chauffe. Allez, allez!
(Sorlie liâtive et épouvantée du monsieur.)
Le Commissaire, seul. — J'aurai l'œil sur cet anarchiste.
Le commissaire revient prendre, à sa table, la place qu'il y occu-
f)ail au lever du rideau, attire à lui la pile de dossiers constituant
e courrier du malin, et, rapidement, d'un coup d'œil, il se ren-
seigne sur la nature des affaires soumises à son arbitrage.^ A la
fin, geste impatienté. Il sonne. Un agent apparail.
Le Commissaire. — Priez M. Punèz de venir me parler.
Sortie du gardien de la paix, et, presque aussitôt, apparition de
M. Punèz. Celui-ci est un homme d'une cinquantaine d'atinées,
cliétif, craintif, d'une misère brossée lamentable. Il ôlc la toque
de drap qui lui protégeait le chef, et s'avance en multipliant de
très humbles salutations.
SCENE II
LE COMMISSAIRE, M. PUNÈZ.
Le Commissaire. — Bonjour, monsieur Punèz. Dites-moi, monsieur
Punèz, savez-vous bien que votre service est fait comme par un
cochon et que, si cela doit continuer, je me verrai contraint de
demander au préfet votre révocation ou votre déplacement? Cent
fois, monsieur Punèz, cent fois, je vous ai ordonné de procéder
le matin à un travail d'élimination de nature à simplifier le mien
cl à désencombrer, du coup, ma tâche, ma table, et ma pensée.
Mais, ouat! Je vous aurais chanté Femme sensihie sur l'air de
M. MarlborouriJi, que le résultat serait le même. Voyez-moi plulôl
ce courrier! (Il prend une pièce au hasard de la main.) ï Plainte d'une
servanle contre son maître qui aurait tenté d'abuser d'elle. »
Qu'est-ce que j'ai à voir là-dedans? Pas de suite à donner.
Enlevez! (Passante une autre.) E' ça!... « Plainte d'un particulier
contre un cocher de fiacre qui l'aurait traité de pourriture ! » Je
m'en bats l'œil ; est-ce que ça me regarde?... Enlevez! (Passant à
une cuire.) Bon ! voilà un concierge qui a l'oreille paresseuse cl un
locataire qui se plaint d'être resté deux heures à sa porle, sous la
fduie!... Qu'il s'en prenne au propriétaire. Espère-t-il que j'irai
ui tirer le cordon?... Enlevez! (Passant à une autre.) Et cette cui
sinière qui réclame huit jours de gages! Affaire de justice de
paix. Enlevez encore! Et cela aussi! Et cela de môme! — En vé-
"Mé, monsieur Punèz, je pense que vous êtes absorbé par l'amour
uu que j'ai trop auguré de voire intelligence. Il faut en finir.
Taisez-vous! Je veux bien être bon enfant, mais j'entends ne pas
être dupe. Que ce mot vous serve de leçon! C'est d'ailleurs la
dernière que vous recevrez de moi; vous pouvez vous le tenir
pour dit. Je vous salue, monsieur Punèz.
M. Punèz, humble et souriant. — Je suis d'origine espagnole.
Mon nom se prononce Pougnèze.
Il salue jusqu'à terre et sort.
n'insistez donc pas, sacredleuI
• LE COMMISSAIRE EST BON ENFANT
SCÈNE III
LE COMMISSAIRE, puis UN AGENT, puis UNE DAME.
Le' commissaire se remet au travail un instant, puis, de nouveau
fait jouer son timbre. Nouvelle apparition de l'agent déjà vu.
Le Commissaire. — Au suivant.
L'agent sort.
Le Commissaire, se levant. — Ce feu ne va pas ! C'est une
Sibérie, ici !
(Il se rend an placard de gauche, y prend une pelletée de clinibon
de terre dont il alimente son foyer. A ce moment, entrée d'une
dame.)
La Dami:. — Le commissaire?
Le Commissaire, sa pelle à la main. — C'est moi.
La IJa.me. — J'ai à me plaindre....
Le Commissaire, très affirmaiif. — De voire mari.
La Dame. — Précisément.
Le Commissaire. — Vous voyez que je suis tombé juslc. V.\\
bien, madame, je ne puis rien pour vous. J'ai le regret de \niis
l'apprendre, mais j'en ai également le devoir.
La Dame. — Monsieur
(Elle va pour prendre une chaise.)
Le Commissaire. — Ne vous asseyez pas, madame; c'est
inutile. Vous allez perdre voire temps et me faire perdre le mien.
C'est curieux, ce parti pris, chez les trois quarts des femmes, de
considérer le commissaire pour un raccommodeur de ménnges
cassés! Madame, les petites querelles d'intérieur ne sont pas
de la conipélence du commissaire de police. Sorti des flagrants
délits d'adidtère, le commissaire ne doit, ne peut intervenir (pi'en
cas d'entretien de concubine au domicile conjugal. Est-ce le cas
de votre mari?
La Dame. — Monsieur....
Le Commissaire. — Oh! pas de paroles inutiles, je vous en prie!
C'est oui ou non.
La Dame. — Mais....
Le Commissaire. — Si c'est oui, déposez une plainte au par-
quet, qui me tnuismetlra des instructions. Si c'est non, votre
démarche est nulle et non avenue, et vous pouvez vous retirer.
La Dame. — Mon mari ne me trompe pas.
Le Commissaire. — Alors, quoi? Il vous bat? Ilu ce cas, madame,
faites constater le fait ]iar témoins, introduisez une instance en
divorce, et les juges vous donneront gain de cause. Je vous
répète que les fenunefj ont la rage de s'emparer du commissaire
et de le mettre à toutes les sauces. Que dioble. soyez raison-
nable! S'il me l";i!lait intei'venir, la branche d'olivier à la main,
dans tous les salons où l'on se cogne, il me faudrait soixante
jours au mois '^X quarante lirnros à la jonrnée.
ENLEVEZ ENCORE t
10 LE COMMlSSAIfiE EST BON E NE AN T.
La Dame, — Eh! monsieur le commissaire, ce n'est pas de
cela qu'il s'agit, mon mari ne me bat pas plus qu'il ne me
trompe.
Le Commissaire. — Non? — Je parie qu'il est fou!
La Dame. — C'est vrai.
Le Commissaire, souiiani. — Vous me rendrez cette justice qiir^
j'ai plutôt l'air d'un monsieur connaissant les choses dont il
parle.
La Dame. — Comment avez vous pu deviner?...
Le Commissaire. — J'ai tellement l'hahitudc de ces sortes de
choses!... Mais voire histoire, ma chère dame, je la connais
depuis A jusqu'à Z, et, des visites comme la vôtre, j'en reçois
jusqu'à dix par jour! Voulez-vous un conseil?... un bon? (La dame
"fait un signe de tête affirmalif el s'assied.) Rentrez donc tranquille-
ment chez vous, préparer votre déjeuner. Votre mari n'est pas
plus fou que moi.
La Dame. — Il est fou à lier.
Le Commissaire. — Non.
La Dame. — Si.
Le Commissaire. — Non. Est-ce qu'il se saoule, votre mari?
La Dame. — Du tout.
Le Commissaire. — Avez-vous connaissance qu'il ait eu la fièvre
typhoïde ou qu'il ait reçu un coup de soleil?
La Dame. — Aucun souvenir.
Le Com:missaire. — Appartient-il à une famille d'alcooliques,
d'épilepliques ou d'aliénés?
La Dame. — - Je ne crois pas.
Le Commissaire. — Eh bien!
La Dame. — Eh bien, quoi? C'est une raison, parce qu'il n'y a
pas de fou chez lui, pour qu'il n'y en ail pas un chez moi?
Le Commissaire. — Permettez !
La Dame. — Il ne boit pas!... Après? Cela empôche-t-il qu'il ne
fasse rien comme personne, qu'il ne tienne des discours auxquels
on ne comprend goutte, et qu'il n'accomplisse des actions sans
devant ni derrière, autant dire?
Le Commissaire. — Quels discours? Quelles actions?
La Dame. — Comment, quelles actions!... Et les nuits, les
nuits blanches que je passe à l'écouler causer tout seul, combiiu>r
je ne sais quoi, menacer je ne sais qui, ruminer des heures
entières!... sans parler des moments où il saute du lit, en che-
Mise, le revolver au poing, en criant : « Je brûle la (igure au
premier qui touche à ma femme! » C'est naturel, ça, peut-être?
Le Commissaire. — Il est jaloux.
La Dame. — Jaloux!
Le Commissaire. — Oui.
Lt: COMMISSAIRE EST BON ENFAXT. H
La Dame. — C'est facile à dire. Je voudrais Ijicn savoir si
c'est par jalousie qu'il s'enferme dans les cabinets pendant dos
fois deux et trois heures pour déclamer tout haut contre la so-
ciété, hurler que l'univers entier a une araignée dans le plafond,
une punaise dans le bois de lit, et un rat dans la contre-basse!
Le Commissaire, amusé. — Il dit que l'univers entier a un rat
dans la contrebase?
La Dame. — Parfaitement! 11 voit des fous partout, mon-
sieur!... Et avec ça, notez qu'il ne fait plus un pas sans hurler :
« Une, deux! > à tue-tête sous prétexte de se développer les pec-
toraux. Au point qu'il est devenu la risée du quarlier et que les
enfants lui donnent la chasse en criant à la chie-en-litl...
Le Commissaire. — Vous exagérez.
c'est MUl!
La Dame, l'ongle aux dénis. — Pas de cela.
Le Commissaire, haussant le^ épaules. — Allons donc! .M îis s
c'était vrai, il y a longtemps que les agents lui auraient i:is Ih
main dessus et l'auraient amené à mon commissariat pour «can-
dale sur la voie publique.
La Dame. — Les agents ne sont occupés qu'à dresseï des
contraventions aux marchandes de qualre-saisons.
Le Commissaire. — Les agents sont de braves gens, qui se -^on-
formenl de leur mieux aux obligations de leur charge. Si vous
êtes venue ici pour y exercer votre esprit caustique, vous voua
êtes trompée d'adresse. Je suis bon enfant d'écouter vos sornettes!
Ne croyez pas que par-dessus le marclié j'encaisserai vos imperti-
nences. Pour en revenir à votre mari, vous voulez qu'il soit fou?
Vous le voulez à toute force? Eh bien,c'esf une s'i'aire entendue;
il est fou. Après?
tî LE COMMlSSAinb' E^T liOS EAEA.yT.
La Dame. — Après?
Le CoM.MissAinE. — Oui; après? Qu'est-ce que vous voulez que
'y fasse?
La Dame. — Je supposais....
Le Commissakie. — Vous vous Irornpiez. Suis-je médccin-
aliciiisle et puis-je le guérir? Non. Alors?... Car il faut pourtant
se décider à dire des choses raisonnables et à présenter les faits
sous leur véritable jour. (Mouvement de la dame.) Madame, le cas
de votre mari, — puisque cas il y a, dites-vous — n'est pas du
ressort du commissaire, mais de celui de l'Assistance Publique ;
c'est donc, non à moi, mais à elle que vous devez faire part de vos
craintes et adresser votre requête. Je m'empresse d'ajouter
dailleurs, qu'à moinsd'un miracle... improbable, il n'y sera donné
aucune suite.
La Dame. — Parce que?
Le CoM>nssAinE. — Il n'y a cjuc les femmes pour poser des ques-
tions pareilles! Parce que l'Assislance Publif|ue n'est pas ce
qu'un vain peuple pense et (|ue les moyens dont elle dispose sont
loin, bien loin, d'élre en rapport avec les charges qui lui
incombent et sous lesquelles elle succombe.
La Dame. — Bah!
Le Commissaire. — Vous voulez des chiffres? Je vais vous en
donner. Les ressources de l'Assistance Publique sont les suivantes :
1» Revenus de fondations, donations, legs particuliers et
autres : soit, par an, trois millions et demi; pas un sou de plus.
'2'' Tant pour cent prélevé sur les recettes des théâtres, bals,
music-halls et casinos : quatre millions et demi, et encore !...
7)" Impôt élabli sur les courses : un million ou à peu près;
A" Droits perçus sur les concessions dans les cimetières, rem-
boursement (le séjour dans les hospices, etc., etc. : vingt millions
(jui ne sont pas grand'chose;
Kn(iii : participation annuelle de la Ville aux besoins de l'Assis-
lance Pnlilique : vingt autres millions qui ne sont rien du tout;
en loul ; (juaranle-sept millions....
La Dame. — ... qui ne valent pas la peine d'en parler.
Le CoM.MissAïUE, s'inclinant. — Vous lavez dit.
La Dame, se levant. — Ah! je l'ai dit? Lh bien, monsieur le
r.ommissaire, je dois vous avertir d'une chose : mon mari n'esl
encore dangereux que pour moi; le moment n'est pas éloigné où
il le deviendra pour tout le monde.
Le Gommissauik. -- Quand ce moment sera venu, madame,
nous aviserons, lui altendanl, comme les asiles regorgent à la
fois de pensionnaires et de demandes d'admissiiju ; f|ue je ne puis
j)rocéder d'office, sur la prcMuière requête venue, à la séfpic>li-;i-
tion d'un boinnie dont l'exailaLion cérébrale n'existe vraiseuil^la-
blemcnt que dans l'imagination de sa femme; que je ne pui>
tnfin, avec la meilleure volonté du monde, perdre une matinée
♦out entière à rabâcher les mêmes choses sans arriver à me faire
comprendre, vous trouverez bon que nous en restions là. (Il se lève.)
•s.
n LE COMMISSAIRE EST bON E .\ F A N T.
La Dame. — Enfin, monsieur le commissaire....
Le Commissaire. — Vous avez une conversation charmante,
pleine d'inlcrct; malheureusement, le devoir m'appelle, comme
on dit dans les opéras. — Madame, au plaisir de vous revoir.
Conseillez à votre mari le bromure, la marche et l'hydrothérapie.
J'ai l'honneur de vous saluer.
SCENE IV
I E COMMISSAIRE, BRELOC.
Au même moment où la dame disparaît :
Une Voix, à la canionndc. ■ — Monsieur le commissaire!
Le Commissaire. — Vous demandez?
La Voix. — Une audience, une courte audience
Le Commissaire. — Si courte que cela?
La Voix. — J'en ai pour une minute.
Le Commissaire. — Pas plus?
La Voix. — A peine, monsieur.
Le Commissaire. — En ce cas....
Il s'efface. Apparition, sur le seuil de la porte, de Breloc, qui entre
se découvre et gagne le milieu du théâtre.
Le Commissauu:. — Veuillez \ous expliquer.
Breloc. — Monsieur le commissaire, c'est bien simple. Je viens
déposer entre vos mains une montre que j'ai trouvée cette nuitau
coin du boulevard Saint-Michel et de la rue Monsieur-le-Prince.
Le Commissaire. — Une montre?
Breloc. — Une montre.
Le Commissaire. — Voyons
Breloc. — Voici.
Il tire de son gousset et remet au commissaire une montre que
celui-ci examine longuement. — A la fin :
Le Commissaire. — C'est une montre, en effet.
Breloc — Oh ! il n'y a pas d'erreur.
Le Commissaire. — Je vous remercie.
Il va à sa table, fait jouer un tiroir et y enfouit la montre de
Breloc.
Breloc. — Je puis me retirer?
Le Commissaire, l'arrêtant du geste. — Pas encore.
Breloc — Je suis un peu pressé.
Le Commissaire. — Je le regrette.
Breloc — On m'attend.
Le Commissaire, sec — On vous attendra
Breloc, un peu étonne. — Ah '
Le Commissaire. — Oui.
MALHEUREUSEMENT LE DEVOIlî m'aPPELLE
10 LE COMMISSAIRE EST BON ENFANT.
Breloc. — Mais...
Le Commissaire. — C'est bien. Un instant. Vous ne suppose?.
pas, sans doule, que je vais recueillir cctlc nionlre de vos mains
sans que vous m'ayez dit comment elle y est tombée.
Breloc. — J'ai eu l'honneur de vous expliquer tout à l'heure
que je l'avais trouvée cette nuit, au coin de la rue Monsieur-le-
Prince et du boulevard Saint-Michel.
Le Commissaire. — J'entends bien; mais où?
Breloc. — Où? Par terre.
Le Commissaire. — Sur le trottoir?
Breloc — Sur le trottoir.
Le Commissaire, soupçonneux. — Voilà qui est extraordinaire.
Le trottoir, ce n'est pas une place où mettre une montre.
Breloc — Je vous ferai remarquer....
Le Commissaire. — Je vous dispense de toute remarque. J'ai
la prétention de connaîlre mon métier. Au lieu de me donner des
conseils, donnez-moi votre état civil.
Breloc, un commenccmcnl d'impalience dans la voix. — Je m'appelle
Breloc (Jean-Eusiache). Je suis né à Pontoise, le 29 décemijre
1801, de Pierre -Ti m oléon -Alphonse-Jean -Jacques -Alfred-Oscar
Breloc et de Céleste Moucherol, son épouse.
Le Commissaire. — Où demeurez-vous?
Breloc — Rue Pétrelle, 47, au premier au-dessus de l'entresol.
Le Commissaire, après avoir pris note. — Quelles sont vos res-
sources?
Breloc, qui se monte peu à peu. — J'ai vingt-cinq mille livres" de
rente, une ferme en Touraine, une chasse gartlée en Boauce, six
chiens, trois chats, une bourrique, onze lapins, et un cochon
d'Inde.
Le Commissaire. — Ça suffit! — Quelle heure était-il quand
vous avez trouvé cette montre ?
Breloc - — Trois heures du matin.
Le Commissaire, ironique. — Pas plus?
Breloc — Non.
Le Commissaire. — Vous me faites l'effet de mener une singu-
lière existence.
Breloc. — Je mène l'existence qui me plaît.
Le Commissaire. — Possible; seulement, moi, j'ai le droit de
me demander ce que vous pouviez fiche à trois heures du malin
au coin de la rue Monsieur-le-Prince, vous qui dites habiter rue
Pétrelle, 47.
BiŒLoc — Comment, je dis!
Le Co.mmissaiiu:. — Oui, vous le dites.
Breloc. — Je le dis parce que cela est.
c'est une montre, en effet!
18 LE COMMISSAIRE EST BON ENFANT
Le Commissaire. — C'est ce qu'il faudra claLlir. En atlcndnnt,
faites-moi le plaisir de répondre avec courtoisie aux questions
que mes devoirs m'obligent à vous poser. Je vous demande cefjue
vous faisiez, à une heure aussi avancée de la nuit, dans un quar-
tier cjui n'est pas le vôtre.
Breloc. — Je revenais de chez ma maîtresse.
Le Commissaire. — Ou'esl-ce qu'elle fait, votre maîtresse?
Breloc. — C'est une femme mariée.
Le CoM^nssAUiE. — A qui?
Breloc. — A un pharmacien.
Le CoMMisAiRE. — Qui s'appelle?
Breloc — Ça ne vous regarde pas.
Le Commissaire. — C'est à moi que vous parlez?
Breloc — Je pense.
Le Commissaire. — Oh! mais, dites donc, mon garçon, vous
allez changer de langage. Vous le prenez sur un ton qui ne me
revient pas, — contrairement à voire figure, qui me revient, elle!
Breloc — Ah bah !
Le Commissaire. — Oui; comme un souvenii". — Vous n'avez
jamais eu de condamnations?
Breloc, sLupéfail. — Et vous?
Le Commissaire, qui bondit. — Vous êtes un insolent!
Breloc — Vous êtes une foutue bête.
Le Commissaire. — Retirez celle parole!
Breloc — Vous vous fichez île moi. l\Ie prenez-vous pour un
escroc?
Ensemble.
Breloc — Et puis j'en ai Le Commissaire. — Ah c'est
plein le dos, à la fin; vous comme ça? Eh bien attendez,
m'embêtez avec votre intcrro- mon gaillard, je vais vous ap-
galoire. A l'on idée d'une prendre à me parler avec les
chose pareille? Je trouve dans égai\!s (jui me sont dus! En voi-
la rue une montre; je me dé- là encoi'c, un voyou! — Est-ce
tourne de mon chemin pour (juc je vous connais, moi? Est-
vous la rapporter, et voiKà ce que je sais qui vous êtes?
comment je suis reçu! Vous dites habiter rue Pétrelle:
D'ailleurs, c'est bien fait pour rien ne me le prouve ! Vous dites
moi; ça m'apprendra à rendre vous nommer Breloc : je n'en
service et à me conduire en sais rien. Elpuisd'ailleurs, c'est
honnête homme. bien simple. La question va être
tranchée.
Le commissaire court à la porte, qu'il ouvre.
Le Comi\ussaire. — Emparez-vous de cet homme-là, et collez-le-
moi au violon !
Breloc — Ça, par exemple, c'est un comble!
L'agent. — Allez! Allez! Au bloc! Et pas de rouspélance!
Breloc, emmené presque de force. — l-^h bien, que j'en trouve
encore une!... que j'en trouve encore une, de monlre!
Il disparaît.
/. H C U M M I o .■:>Alltf /:' S / /; 0 .\ E A /•' A A' 7 .
19
EN VOILA ENCOIIE, UN VOYOU !
SCÈNE V
LE COMMISSAIRE, puis FLOCHE et deux AGE^TS.
Le Commissaire. — Breloc! Breloc! Est-ce que je sais, moi,
si cet homme-là s'appelle Breloc! A la rif^ueur, moi aussi, je
pourrais ra'appeler Breloc! Si on les écoulait, ils s'appelleraient
tous Breloc! (Allant à la fenêtre.) Saperlipopette, il vient un vent par
cette fenêtre !
A ce moment, bruit à In cantonade. La porte s'ouvre violemmoi t,
livrant passage à Floclie, qui se débat entre deux gardiens te
la paix.
Floche. — Le commissaire! Où est le commissaire? Je veux
parler ati commissaire!
Le Commissaire, aux agents. — Qu'est-ce qu'il y a?
Floche. — C'est vous le commissaire?
Le Commissaire. — Oh! pas tant de bruit, s'il vous plaît. Vous
parlerez quand je vous y inviterai. — De quoi s'agit-il, Lagre-
nnillp?
L'agent Lagrenaille. — C'est monsieur qui faisait Je l'esclan-
dre à l'angle de la rue de Dunkerque et du faubourg Poisson-
nière, eu débinant la République. Comme les passants assemblés
concouraient de toutes parts au désordre de la rue, nous avons
hal.^ !e pas, mon collègue et moi, et avons engagé monsieur à
satisfaire de bonne grâce aux lois de la circulation. Sur le refus
qu'il wous opposa, nous l'avons pris par le bras, sans violence, st
l'avons amené au commissariat
20 LE COMMISSAIRE ES7 BON ENFANT.
Le Commissaire. — A-l-il fait de la rébellion?
L'agent Lagrenaille. — Non, monsieur le commissaire
Le Commissaire. — Vous a-t-il injuriés?
L'agent Lagrenaille. — Du tout.
Floche. — Je n'avais pas de raison pour èl/e malhonnête avec
des agents comme il faut. Quant à de la rébellion, j'aime tro['
l'autorité pour n'en avoir pas le respect.
Le Commissaire. — Voilà un principe de conduite auquel vous
auriez dû vous conformer plus tôt.
Floche. — Par exemple?
Le Commissaire. — Quand les agents vous ont prié de circuler.
Floche, discret, mais ironique. — Oh ça!...
Le Commissaire. — Quoi, oh ça?
Floche. — Je dis : oh! ça!... Dire : « oh ça! », c'est le droit
de tout le monde.
Le Commissaire. — Oui, mais ce qui n'est le droit de per-
sonne, c'est de se livrer, comme vous l'avez fait, h des démons-
trations publiques et de tenir à haute voix des propos séditieux.
Floche. — La République me dégoûte.
Le Commissaire. — Ce n'est pas une raison suffisante pour que
vous essayiez d'en dégoûter les autres.
Floche, concis et éloquent. — • Ça, encore!... (Il rit.)
Le Commissaire. — Quoi, ça encore?
Floche. — Je dis : « Ça encore!... » Ça vous choque?
Le Commissaire. — Oui, ça me choque; et puisque vous le
prenez comme ça, le paysage va changer d'aspect. (Aux agents.) Je
vous remercie.
Sortie des agents. Un temps.
Le Commissaire, entre ses dents. — « Ça encore!... «(Haussement
d'épaules. — 11 prend une feuille de papier, trempe sa plume dans l'encre cl
6e dispose 5 écrire.) Comment vous appelez-vous?
Floche. — Floche.
Le Commissaire. —Avec ou sans S?
Floche. — Sans S.
Le Commissaire. — Vos prénoms?
Floche. — Jcan-Édouard. Domicile : rue des Vieilles-Hau-
drieltes, 129.
Le Commissaire. — Votre profession?
Floche. — Je n'en ai pas. J'ai un petit capital qui travaille
pour moi.
Le Commissaire. — Vous êtes décoré?
Floche. — Qui? Moi? Non.
Lii C.o.NLMissAiRE. — Alors, ça? (Il désigne le large ruban rouge qui
pare la boutonnière de Floche.)
22 LE COMMISSAIRE EST BO.V ENFANT
Floche. — Ça? C'est un pense-bôte. (Il rii.) J'ai la mémoire
assez indocile, je vous dirai. Elle a tendance à faire l'école buis-
Bonnière, si bien que je suis contraint de lui mettre un licou. D'où
ce ruban qui la rappelle, quand le besoin s'en fait sentir, au scn-
liment de sa mission. C'est nouveau et ingénieux, supérieur a^r
mouchoir corné, qui perd toute efficacité si vous n'êtes allligé du
rhume de cerveau, et à l'épingle sur la manche qui a le ton
de vous signaler comme étourneau à la raillerie des imbéciles.
Le Commissaihe. — Soit! mais si ce ruban ne vous signale pa-
à la raillerie des imbéciles, il peut vous signaler à l'attention de-
juges et vous valoir six mois de prison. Enlevez moi ça! hein
(Floche retire le ruban.) — Votre âge?
Floche, s'asseyant. — Avez-vous idée d'un poète composant une
tragédie dans un salon où un professeur de piano ferait des
gammes du malin au soir? (Slupéfaclion du commissaire.) Non,
n'est-ce pas? Eh bien ma mémoire est à l'image de ce poète : elle
est logée en un cerveau où le génie fait trop de musique.
Le Commissaire. — Vous êtes un faiseur d'em! arras. Je vous
invite à garder pour vous vos phrases à panache dont je n'ai que
faire, et à répondre à mes questions. Je vous demande (juel âge
vous avez.
l'^LOCHE. — Vingt-cinq ans.
Le Commissaire. — Plaît-il?
Floche. — Vingt-cinq ans.
Le Commissaire. — Comment, vingt-cinq ans!... Vous avez
vingt-cinq ans?
Floche. — Oui.
Le Commissaire, rectifiant. — Vous les avez eus.
Floche. — C'est bien pourquoi je les ai gardés.
Le Commissaire. — Drôle de raisonnement!
Floche. — Drôle en quoi? Il est logique comme une démons-
tration d'algèbre, lumineux comme un clair de lune et simple
comme une âme d'enfant. J'ai eu vingt-cinq ans! Oui, parbleu!
Seulement, le jour où je les ai eus, je me suis dit à moi-même :
f Bel âge! Tenons-nous-y! » Je m'y suis donc tenu, je continue
à m'y tenir, et je m'y tiendrai jusqu'à ce que mort s'ensuive, avec
votre permission.
(Un silence.)
Le Commissaire. — Un mot. Il est bien entendu que vous ne
vous moquez pas de moi?
Floche. — Je ne vois rien dans mes allures, dans ma tenue ni
dans mon langage, qui puisse vous autoriser à une supposition
semblable.
Le Commissaire. — C'est que, précisément....
Floche. — J'f tlendais l'objection. Elle était fatale en un temps
où la raison se promenant gravement par les rues, la tête en bas
LE COMMISSAIRE EST BON ENFANT. 23
et les jambes en l'air, on en est venu petit à petit à ne plus dis-
tinguer nettement ce qui est le vrai de ce qui' est le Cn.v ui à
KZ 1?1 ' ^' M ^r'" '" ^•''^'' l"°'ii'>''e pour la lumié.v, lo'solei'
pour la lune e le bon sens pour légarement. C'est ainn rnie ma
femme, qui est devenue folie au contact d'un air saturé .le folTe
lire des plans pour me faire fourrer à Charenton (11 s'ég.ye )
Le Commissaire, faussement étonné. — Se peut-il ' FIIp mirait
une punaise dans le bois de lit? ^ ^'*
Floche. — Et un rat dans la contrebasse!
Le Commissaire, à part. — Je suis fixé. (Haut.) Monsieur....
vous VOYEZ, JE FAIS COMME CHEZ MOlI
Floche. — Le cas de cette malheureuse, qui est, à peu de
chose près, celui de la foule tout entière, devait naturellement
tenter l'esprit de logique et d'analyse d'un moraliste équilibré.
Aussi ai-je conçu le projet de l'étudier tout au long, avec ses
effets et ses causes, en un ouvrage intitulé : le Daltonisme
mental. ...
Le Commissaire. — Monsieur...
Floche. — ... ouvrage d'une haute portée philosophique,...
Le Comm.issaire. — Sans doute, mais...
Floche. — ... fruit de mes réflexions (filles elles-mêmes de mes
longues veilles)....
Le Commissaire. — Mon Dieu...
24 LE COMMISSAIRE EST BON ENFANT.
lYociiE. — ... eL dont je prendrai la liberté de nous déve-
lo|>per les grandes lignes. Monsieur... (Il s'interrompt.) Pardon.
Il se lève et gagne le fond du Ihéàlre.
Le Commissaire, vaguement inquiet, à part- — Oh! mais il
m'embête, cet hommc-là! — Ah ça! il ferme la porte!
Il se précipite, mais déjà Floche est redcscendu^en scène, la lèvre
fleurie d'un sourire.
Floche. — Vous voyez : je fais comme chez moi.
Le Commissaire. — En elTet, et c'est le tort que vous avez. —
Ma clef!
Floche. — Voire clef?
Le Co.mmissaire. — Oui; ma clef!
Floche. — Quelle clef?
Le Commissaire. — La clef de cette serrure.
Floche. — Eh bien?
Le Commissaire. — Rendez-la-moi.
Floche, très doucement. — Non.
Le Commissaire. — Non?
Floche. — Non.
Le Commissaire. — Pourquoi?
Floche. — Parce que j'aime mieux la garder dans ma poclie.
Vous n'avez aucun intérêt à ce que cette porte soit ouverte, el
moi, j'en trouve un grand à ce qu'elle soit fermée. Je veux
bien, vous, mogislrat olïiciel, vous mettre dans le secret des
dieux; mais l'aller confier au hasard d'une porte qui peut s'entre-
bâiller sans bruit, l'aller jeter en pâture à l'oreille indiscrète du
premier goussepin qui passe, c'est une autre paire de manches.
— Monsieur, le vent de folie qui souille de toutes parts prend
naissance dans un quiproquo : dans le malentendu survenu enire
la Nnlure. qui commande, et l'Homme, qui n'exécute pas; entre
les inlcnlionsbien arrêtées de l'une et l'interprétation à rebrousse-
poil de l'autre.
Le Commissaire, pris de la bravoure des poltrons qui se jettent à l'eau
■ — Si vous ne me rendez pas ma clé à l'instant môme, j'appelle t\
l'aide, j'enfonce la porte, et je vous fais expédier à llnlirmeric du
Dépôt, ficelé comme un saucisson. Vous avez compris?
Floche. — A merveille. (Il met la main à sa poche, tire un revolver et
en braque le canon sur le commissaire.) Si vous dites un mot, si vous
f;>iles un geste, si vous cessez un seul instant de me regarder
dans le blanc de l'œil, je vous envoie six coups de revolver par le
nez et je vous fais éclater la figure comme une groseille à
maquereau!... Qui est-ce qui m'a bâti un fou furieux pareil?
Le Commissaire. — Ah, c'est moi le...?
Floche. — Silence! ou ca va mal tourner? Je suis bon enfant,
mais je n'aime pas les fous!
Le Commissaire, terrifié. — Je comprends ça!
gUAND JE TIENS UN FOU A PORTÉE DE MA MAIN.
26 LL COMMISSAIRE EST B0^ ENFANT.
Floche. — Le fou, c'est mon ennemi d'inslincl, enlendez-
vous?... c'est ma haine, c'est ma rancune! La vue d'un fou suffit
à n)C mellre hors de moi, et quand je tiens un fou à portée de ma
main, je ne sais plus, non, je ne sais plus, de quoi je ne serais
pas capable!
Le Commissaire, à part. — C'est la crise! Je suis dans de beaux
draps.
Les deux I)ommes se regardent dans les yeux. Le commissaire,
visiblement, ne donnerait pas deux sous de sa peau. Mais, dans
l'instant où il commence à recommander son âme à Dieu :
Floche, parlant d'un grand éclat de rire. — Savez-vous que pour
un commissaire, vous oies plutôt sujet au trac?
Le CoMMissAmE, qui ne comprend plus. — Moi?
Floche. — Vous en avez eu, une peur!
Le CoMMissAiHE. — Je vous assure
Fi.ociii:. — Allons, ne ('ailes pas le modeste. Vous en tremblez
encoi'e comme de la g-clée de venu! (Un peu moqueur.) Comment,
vous n'avez pas compris que je vous faisais une farce?... Ai-je
donc la ligure d'un homme qui caresse de mauvais desseins?
Le CoMMissAmE. — Non, certes! Mais c'est ce....
Floche. — Ce quoi?
Le Commissmhe. — Ce revolver. Un malheur est si vite arrivé,
comme on dit!
Floche. — Vous dites des enfantillages. Une arme n'est dange-
reuse (|u'aux mains d'un maladroit, et je suis mailre de la mienne
comme un bon écrivain est maître de sa langue. Songez que je
\ous ciùvc un as à vingL-cinq pas, ou que je vous guillotine une
pipe, lo leinps de compter jusqu'à quatre!
Le CoMi\nsSAmE, feignant le plus vif intérêt. — Vraiment?
Floche. — Vraiment! — D'ailleurs, vous allez en juger.
Le Commissaire. — llcin? Quoi? Qu'est-ce que vous allez faire?
Floche. — Vous allez voir. Ne bougez pas.
11 rompt de quelques pas et braque son revolver sur le commissaire
aux cent coups.
Le Comaussaihe, qui ne veut rien savoir — Non! Non!
Floche. — Ne bougez donc pas, crebleu! Je vous dis qu'il n'y
a pas de danger. La balle va vous passer au ras de l'oreille gauche;
vous allez l'entendre sifller; c'est très curieux. Attention!....
Une!... Deux!...
Le Co.mmissaire, lancé dans des sauts de cabri. — Je ne veux pas!
Floche, retombant sans transition de l'accalmie à la fureur. — Nom
do Dieu dimbécile! Buse! Brute! Une seconde de plus, le coup
p.irlail; je lui logeais une balle dans la peau! (Hors de lui.) Et vous
croyez que, des cires pareils, la société ne ferait pas mieux de les
détruire? Tenez (tirant la lame de sa canne à épée), je ne sais ce qui
nie rolionl de vous clouer au mur comme une chauve-souris avec
\ingL jMjiicc's de fer rJans le MuUe!
28 LE COMMISSAIRE EST B0^ ENFANT.
Le Commissaire, réfugié deiricre sa table. — Ça recommence?
Après le feu, le fer?... Zut! à la fin! C'est assommant! On ne peut
pas être tranquille une minute, avec vous!
Floche, laissant tomber son épée. — Insensé!
Le Commissaire. — Eh non !
Floche. — Grelot vide! Timbre fêlé! Tête sans cervelle!
Le Commissaire. — Je vous jure que vous êtes dans l'erreur.
Vous vous faites, de mes facultés, une idée qui n'est pas la bonne.
Floche. — Je sais! Vous êtes le fou ttadilionnnel, classique,
celui qui prêche et qui vend la sagessse. Riais, pauvre idiot, tout,
en vous, tout respire et trahit la démence!., depuis la boulïom-
nerie de votre accoutrement jusqu'à l'absurdité sans nom de
votre visage!
Le Commissaire. — Trop aimable!
Floche, qui est venu à la table. — Et puis, qu'est-ce que c'est que
toute cette paperasserie? Ça ne sert à rien !
Le Commissaire. — Mais si.
Floche. — Mais non! Erreur de vos sens abusés!
Il rafle le tas de procès-verbaux, pièces à légaliser, etc., etc., el sème
le tout par les espaces libres.
Le Commissaire. — Oh! cré nom!
Floche, qui est venu se poster devant le cartonnier. — Et ces car-
tons!... Ça n'a aucune utilité.
Le Commissaire. — Permettez!
Floche. — Illusions!... Chimères!...
Il dit, et les cartons, violemment arrachés à, l'étreinte de leurs
alvéoles, voltigent, à leur tour, par les airs, en làcbant des tor-
rents d'affaires à l'instruction.
Le Commissaire, consterné. — Ah! c'est gai!
Soudain.
Floche, avisant le feu qui flambe'en la cheminée. — Et ça!!!
Le Commissaire. — Quoi, ça?
Floche, désignant l'âtre. — Ça !
Le Commissaire. — C'est du feu.
Floche, les bras au ciel. — Du feu ! (Eclatant d'un rire épileplique.)
Du feu au mois de janvier!
Le Commissaire. — Eh bien?
Floche, au public. — Est-il bête! Alors non? Vous ne compre-
nez pas qu'à moins d'être un énergumènc, on ne doit faire de icu
que pendant les grandes chaleurs?
Le Commissaire. — A cause?
Floche, solennel. — A cause que la Nature, — qui, seule cl
toujours, a raison, — exige que l'homme ail chaud Télé, comme
elle veut qu'il ait froid l'hiver! — Éteignez-moi ce brasier
LE COMMISSAIRE SE DECIDE A OTER SES CHAUSSURES
50 LE COMMISSAIRE EST D0^' ENFANT.
Le CoMMissAini:. — Non.
Floche, du ion d'un monsieur qui ne plaisante pas. — \'ous ne vou-
lez pas l'cleindre?
Le Commissaire, persuadé. — Si!
II se lève; se dirige lentement vers la cheminée. Un temps.
Floche. — l'^l au trol!
Le commissaire se hâte. Une carafe est sur la cheminée. Il I.t
prend, et de son contenu inonde les bûches du loyer. Sur quoi :
Floche. — La nature ordonne que, lliiver, riionimo soil exposé
à mourir (le coni^osUon |)ulmonairc, plilisie j^alopauLe, pleurésie,
pneumonie el autres. — Ouvrez celle i'enélre.
Le Commissaire. — Non.
Floche, menaçant. — Vous ne voulez pas l'ouvrir?
Le Co.\i>!issaire. — Si!
Il se dirige à petits jias vers la fenêtre.
i^.ocHE. — El que ça ne Iraîne pas!
Le commissaire, épouvanté, gagne la fei;ôlre, qu'il ouvie louto
grande. Ceci fait :
Floche. — Enfin, elle veut et commande que 1 iiuminc, lliivcr,
ail les pieds gelés. — ICnlevez vos godillots.
Le Commissaire. — Ah! non!
Floche, l'arme braquée. — Vous ne voulez pas les enlever?
Le Commissaire. — Si.
Scène muette. Le commissaire, résigné et navré, se décide à ôter
ses chaussures. Mimique de Floche qui aLlcnd. A la (in, les sou-
liers enlevés et déposés côte à cote près des i)ieds libérés de leur
propriétaire, le fou s'en empare, et, à toute volée, les envoie, par
la fenêtre ouverte, voir au dehors si le printemps s'a\ance. Là-
dessus :
I'\-0CHE, avisant le placard où l'on a vu le commissaire puiser une pelletée
e coke au commencement de l'acte. — Qu'est-ce <jue c'est que ça?
Le Commissaire. — Le placard au charbon.
Floche. — l'ien. Lntrez-y.
Le Commissaire. — Vous dites?
Floche. — .le dis: « Entrez-y! »
Le Commissaire. — Mais....
Floche, formidable. — Vous ne voulez pas ?
Le Commissaire, vaincu, donc convaincu. — Je ne lais que ça.
D'un pas de condamné à mort, le pauvre commissaire s'achemine
vers le placard dont l"iochc lui lient la porte ouvcile. Là, courte
hésitation. Brusquement, d'une main agacée. l'Ioche le saisil par
le fond de la culotte, l'euNoie dans le rioir, ramène In jinrlc eL l;i
verrouille.
Puis il redescend la scène, \n au iiurcau du co.'umiss.iiie, piend
son chapeau haut de loinie et rétablit les huit rellcLs après avoir
apposé dans le fond de son chapeau un coup du timbre à tampon.
Il se coiffe. D'une pichcncLlc il fait disparaître un grain de pous-
sière égaré sur sa marichc, puis automatiquement en faisant aller
ies bras, il manceuvre en criant: une, deux; une, deux. Il ouvie la
porte, voit les deu.xajîenls de sarde, les salue polinienL et sort.
LE en M M I S S A I 11 /■: /•; .s y /; o .\ /■; a /•- a a t.
31
AU FOUt
SCENE VI
DEUX AGENTS, LE COMMISSAIRE.
Un temps.
Soudain, la porte s'ouvre. Apparition d'un des agents qui a -aient
amené Floche.
L'Agent, après avoir regardé. — Lagrcnaille! Lagrenaille!
Lagrenaille, qui survient. — lié lia?
l '\gent. — Où est donc le patron?
Laghexaille. — Je n'en sais rien.
L'Agent. — Eh bien, elle est raide, celle-là!
Lagrenaille, qui aperçoit le cliapeau du commissaire. — V'ià son
tube.
L'Agent, qui voit le pardessus. — Sa pelure!
Lagrenaille, désignant le parapluie. — Son pépin 1
Un silence.
L'Agent, les bras cassés de stupeur. — Ah ! nom de Dieu !
Lagrenaille, brusquement. — La fenêtre!
Ils se précipitent, se penchent, regardent à droite et à gauche.
L'Agent. — Rien !
Lagrenaille. — Rien'
52 LE COMMISSAIRE EST DON ENFANT.
L'Agent. — Ça m'a donné un coup!
La voix du Commissah^e. — Lagrenaille!
Lagrenaille. — Écoute voir?
La voix du Commissaire. — Garrigou!
L'Agent. — On m'appelle !
La voix du Commissaire. — A moi !
Lagrenaille. — C'est le patron !
L'agent. — Dieu me pardonne, est-ce qu'il n'est pas dans le
charbon de terre !
Il va au placard, qu'il ouvre.
Le Commissaire, qui jaillit, pareil à un diable à surprise, la figure
noircie de charbon. — Au fou! Au fou!... Des cordcs!... des cour-
roies !... des chaînes !... Qu'on aille chercher le panier à salade!...
Téléplionez au préfet de mobiliser les pompiers et la garde
républicaine!... La ville est menacée!... Au fou!
RIDEAU
41 4"7. — Imprimerie Lahure, 9, rue de Flounis, f'arn
liES PIÈCES A SUCCÈS
M- 1 à
PREMIERE SERIE
0 et
- LUI ! un acte, par Oscar Méténier.
- LA CINQUANTAINE, un acte, par Georges
Courteline.
- LE MÉNAGE ROUSSEAU, un acte, par Léo
TrézGnik.
- EN FAMILLE, un acte, par Oscar Méténier.
- MON TAILLEUR, Comédie de Salon en un
acte, par Alfred Capus.
- MONSIEUR ADOLPHE, un acte, par Ernest
Vois et Alin Montjardin.
- LA CASSEROLE, drame en un acte, par
Oscar Méténier.
- SILVERIE OU LES FONDS HOLLANDAIS,
un acte, par Alphonse Allais et Tristan Ber-
nard.
10. — LA REVANCHE DE DUPONT L'AN-
GUILLE, deux actes et trois tableaux, par
Oscar Méténier. .
- XJNE MANILLE, un acte, par Ernest Vois.
- LE SACREMENT DE JUDAS, un acte, par
Louis Tiercelin.
- LE GENDARME EST SANS PITIE, Comé-
die de Salon en un acte, par Georges Cour-
teline et Edouard .Norès.
- LES AFFAIRES ETRANGERES, Comédie
de Salon en un acte, par Jules Lévv.
- CAILLETTE, un acte, par Henri de Gorsse
et Charles Meyreuil.
16. — LE SEUL BANDIT DU VILLAGE, \
par Tristan Bernard.
17. — PAROLES EN L'AIR, un acte, par
Veber et Léon Abric.
i8. — MONSIEUR BADIN, Comédie de Sa
un acte. — LEXTRA-LUGIDE, un a(
Georges Courteline.
19. — TROP AIMÉ, un acte. - REFRACT
un acte, par Xanrof.
20. — LE PORTRAIT, Comédie en un ac
Bertrand Millanvove et Lucien Cress
21. — L'AMI DE LA MAISON, un acte, par
Veber.
22. — L'INROULABLE, Comédie de Salon
acte, par Pierre Wolff.
23. — LA SOIRÉE BOURGEOIS, Comédie di
en un acte, par Félix Galipaux.
24. — LES CHAUSSONS DE DANSE, un a
Aueuste Germain.
25. — DENT POUR DENT. Comédie de Sa
un acte, par Henry Kistemaeckers.
Chaque pièce est ornée de nombreuses simili-grai
Chaque numéro. PRIX NET :
Le numéro double. PRIX NET
60 ce
: 1 fr.
LES PIÈCES A SUCCÈS
Deuxième série.
en un acte de Ge
>^o 26. — Petin, Mouillarbourg et consorts, fantaisie judiciaire
Courteline.
TNjo 27. — Grandeur et Servitude, fantaisie militaire en un acte de Jules Chancel.
N» 2e. — La Berrichonne, comédie en un acte de Léo Trézenik.
N» 29. — Un verre d'eau dans une tempête, comédie de salon en un acte, par Louis Schi
et André Sciama.
N» 3o. — L'Affaire Champignon, fantaisie judiciaire en un acte de Georges- Courteli'
Pierre Veber.
N» 3i. — La Visite, comédie de salon en un acte, par Daniel Riche.
N» 32. — Le Pauvre Bougre et le Bon Génie, féerie en un acte, par Alphonse Allais.
N° 33. — Les Crapauds, comédie en un acte. — La Grenouille, vaudeville en un acte
Léon Abric.
N» 34. — Le Commissaire est bon enfant, comédie de salon en un acte, par Ge
Courteline et Jules Lévy. \
N" 35. ~ La Fortune du Pot, vaudeville en un acte, par Jules Lévy et Léon Abric.
N° 36. — Les Cigarettes, pièce en un acte, par Max Maurey.
N» 37. — Service du Roy, comédie de salon en un acte, par Henri Pagat.
No 38. — Nuit d été, comédie en un acte, par Auguste Germain.
No 3g — Les Oubliettes, comédie de salon en un acte, par Bonis Charancle.
No 40. — La Huche à pain, drame en un acte en vers, par Jacques Redelsperger.
N° 41. — Si tu savais, ma Chère! comédie en un acte, par Jules Lévy.
N° 42. La Grenouille et le Capucin, proverbe en un acte, par Franc-Nohain.
N" 43. — Le Coup de Minuit, vaudeville en un acte, par Hugues Deiorme et Francis <
N° 44. — Cher Maître, scènes rapides en un acte, par Xanrof.
N° 45. — Capsule, comédie de salon en un acte, par Félix Galipaux.
No 45. Ceux qu'on trompe, comédie en un acte, par E. Grenet-Dancourt.
No ^2. Un bain qui chauffe, comédie en un acte, par Pierre Veber.
N» 48. Blancheton père et fils, fantaisie judiciaire en un acte, par G. Courteline et P. V
No 4g. — Un début dans le monde, pièce en un acte, par Max Maurey et Paul Mathiex
No 5o. — Pour la Gosse, pièce en un acte, par Jules Lévy. s »-
AVIS aux Lecteurs des PIÈGES A SUCCÈS
Nous tenons toujours à la disposition des collectionneurs "des emboîtages pouvant co
vingt-cinq numéros des Pièces à succès.
Ces reliures Gorillot ont ce grand avantage : permettre à tous de pouvoir relier le v
sans le secours du relieur.
Prix : 2 Ir. 50 et franco 3 francs
74137. — Imprinmeric Lahuhe, rue de Fleurus, 9, à Paris
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